lundi 18 mai 2020



Oseras-tu marcher parmi les épis ?

Avancer dans la fraîche blondeur du soir ?

Oseras-tu t’enfoncer entre les tiges ?

Défier le couchant moelleux et l’herbe qui pousse ?

Oseras-tu prendre un bain 

Disparaître à moitié

Dans les ondes du soir ?

Oseras-tu aller là où tu te trouves ?

Oseras-tu savourer le plaisir d’être juste penché au vent ?

De te balancer jusqu’à la nuit ?

Attendre

Aller plus loin

Sans la moindre idée d’être là et plus loin ?

Risquer la soif

Risquer la morsure

La nuit froide

 

Tu as l’air

Dedans

Autour

Tu peux courir et regarder le soir passer

Le ciel au-dessus de tout ce qui t’appartient

Là-bas

 

lundi 18 novembre 2019

Un café s'il vous plaît

Le train n'est pas encore annoncé. Tu rentres dans ce qui ressemble à un bar, proche des quais, tu t'approches du comptoir-caisse pour commander un café. Le serveur est déguisé en jardinier, il porte un tablier rouge, le truc que tu enfiles par la tête et noue à la taille. Celui-ci est impeccable, un gros logo barre la poitrine. On n'est pas loin de l'homme-sandwich, ou du laquais à la sauce communication et marketing. Et comme il est subsaharien d'apparence, comme tous ses collègues ou presque(quelques autres présentant un type maghrébin), on se fait un petit voyage, l'air de rien, au bon temps des colonies. Il est à mon service, du moins c'est ce qu'il joue, ça se sent dans les formules de politesse qu'il emploie: " Est-ce qu'autre chose vous ferez plaisir, Monsieur, cookie ou brownie ? ". Très vite la douce injonction à consommer me fait plutôt ressentir que c'est moi qui suis à son service, il a des objectifs à réaliser, un panier-client, je dois jouer mon rôle. Non, le maître ce n'est ni lui ni moi, mais la marque qu'il arbore sur son tablier. Avec mon simple expresso, je vois bien que ma cote a instantanément baissé. Son visage s'éteint légèrement quand, passant à l'étape suivante, il me demande mon prénom. Surtout ne pas paraître étonné, c'est l'usage, c'est comme ça. Il le note avec un gros feutre sur le gobelet en carton et demande " ça sera sur place ou à emporter ? ". " Sur place " je réponds. Petite oeillade technique au gobelet, ce n'est pas la même inscription. Il m'annonce le prix, je règle et j'attends qu'il me serve. Erreur, ce n'est pas lui, lui c'est la phase 1 du process, accueil et prise de commande. Il me prie de bien vouloir me présenter au comptoir d'à côté, où les clients font la queue pour la phase exécution et service, légèrement moins valorisante, moins en pointe, mais toujours tenue par un employé d'apparence subsaharienne, affublé du même tablier. Celui-ci est chargé de servir le café et de faire l'appel. Il lit les prénoms à haute et intelligible voix, "Jessica !", "Delphine !", "Patrick ! ", à chaque gobelet saisi dans l'ordre d'arrivée. Là tu te retrouves en deux secondes au centre de loisir, infantilisé. Distribution du goûter sur présentation du ticket. Quelque chose de vaguement carcéral aussi, militaire. Tu fais la queue en attendant que ton prénom soit prononcé par quelqu'un que tu ne connais pas, pour percevoir ta ration. Dernière étape, tu cherches une place libre en milieu hostile, les tables "mange-debout" sont pleines, il te reste la terrasse dans le froid de la gare. Tu finis par trouver une chaise que tu ne peux déplacer-elle est vissée au sol, et par t'assoir face à un inconnu qui t'a aimablement autorisé à partager sa table, casque sur les oreilles et deux pouces ultra-actifs sur son clavier téléphonique. Tu te dis : j'aurais dû choisir l'option "à emporter". Le mot "bistrot" résonne alors dans ton cerveau, et avec lui tout un monde oublié s'ouvre à toi : tu te vois accoudé au comptoir, un zinc quoi, tu te poses. Tu dis "un café s'il vous plaît", le serveur ou la serveuse, le patron ou la patronne ne te répond pas forcément, mais il s'exécute, il te sert, "voilà monsieur", sans chichi, sans uniforme, tu bois tranquillement ton café dans une belle tasse à intérieur coloré, en lisant ton journal, et à la fin tu dis "c'est combien ?", tu payes et tu sors en saluant la compagnie.


mardi 28 février 2017



Le temps

Est à la pluie et aux bourrasques

Partout des phrases
grognements salivaires ou
grincements d’incisives
Fondent sur nos têtes
des communiants s'éraillent
des évêques criaillent
(le doigt coincé dans le tronc)

Il pleut des ambitions
et les lointains se brouillent

(ici il y a la césure du vent)


Toi sur tes montagnes à flanc de pluie
Dans ton lit de feuilles et d’écorce
Tu voudrais en réchapper
Alors tu regardes

Les oreilles pleines de terre

Vois-tu quelle horde s’annonce

Des gens dis-tu, des inconnus

Tu es sûre

Oui nous
autres

Avec du vert au fond

mardi 7 février 2017

L'offre politique de 2017

EN DEHORS DE L'ECO-SOCIALISME (JLM), L'ELECTEUR A LE CHOIX ENTRE QUATRE VERSIONS DU NEO-LIBERALISME :
National-catholique (Le Pen)
Autoritaire-catholique (Fillon)
Ordo-libéral ou oligarchique (Macron)
Libéral-participatif (Hamon)

C'était ma réflexion du jour

jeudi 10 novembre 2016


Reprise (en main)

Voilà c'est fait

Ça recommence comme avant

Quoi

(Non, pas l'automne
pas les feuilles rougies
orangées jaunes
pas le concert fauve des pentes et des vallées)

L'élection du diable

Les pleins pouvoir au monstre

C'est tout ce qu'ils ont trouvé pour se sortir d'affaire

Bonne chance les amis



mercredi 30 décembre 2015

LE CHIEN EST ARMÉ SUR LA TEMPE DE LA RÉPUBLIQUE






Je m'exprime rarement de façon directe sur un sujet mais ce qui se prépare est trop grave pour rester planqué. Nous voilà embarqués par le pouvoir dans un train-fantôme (cette attraction où les cauchemars deviennent réels) dont la destination est connue. Après la proclamation solennelle de l'état d'urgence et la demande de dérogation aux Droits de l'Homme, la déchéance de la nationalité pour les bi-nationaux, autrement dit la création juridique de deux catégories de citoyens est venue compléter cet arsenal délirant. Suggestion : on pourrait peut-être proposer de mentionner " bi-national " sur la carte d'identité ? Ça ne vous rappelle rien ? Un petit insigne peut-être ? Au fait, qui a poussé des cris d'orfraies et prononcé le mot apartheid dans notre pays ? Hé bien il est en bonne voie et le congrès (ou un référendum) va l'instituer en grande pompe. On voudrait fragmenter en profondeur le tissu social et culturel qui a déjà tant de mal  à ne pas partir en lambeaux, ou produire l'horreur qu'on prétend combattre, à savoir l'adhésion de certains Français à des idéologies criminelles, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. C'est aussi donner à l'extrême-droite tous les outils constitutionnels qui lui permettront de déployer son programme fasciste sans effort. On parle de lepénisation des esprits, mais nous venons de passer à la lepénisation des actes politiques.  Sarkosy assumait la droite décomplexée, Hollande fabrique l'extrême-droite décomplexée, mais sans l'assumer. On l'a vu aux régionales, mais on vient aussi d'entendre à Ajaccio des gens hurler  ' Arabes dehors ' devant les caméras. La balle est dans le barillet, le chien est armé sur la tempe de la République, il n'y a plus qu'à appuyer sur la gâchette. Et je ne nommerai pas celle qui a des fourmis dans l'index pour appuyer. Je lui ai d'ailleurs écrit une ode que je vais aussi publier.