À quoi ça sert une ville ?
Je ne sais pas moi
Je marche dessus
Ben voilà
Textes, notes et dessins de Marc-Emmanuel Soriano. Penser ici, émettre. Mes zones nerveuses : la construction du monde, l'affrontement des idées, les raisons d'espérer, le combat par l'intelligence, les vibrations de chair, la musique, l'écriture, la rencontre. Bribes de MA VIE intérieure et extérieure
Des lieux de vie ouverts ou fermés, ou les deux à la fois, c'est-à-dire ni vraiment l'un, ni vraiment l'autre, ouvert en principe à tous mais dont l'usage ou l'accès sont contrôlés et impossible pour une certaine catégorie de la population (ce que Foucault a appelé la "gestion différentielle des flux"). Des zones interdites, des rues mal famées, des quartiers dangereux, des endroits douteux où l'on a parfois ses entrées, ses attirances. Des recoins, des passages secrets. Des présences insoupçonnées, un jardin caché, un habitat invisible. Arrière-cours, sous-sols, terrasses aériennes. Ainsi, dans cette géographie-là, intime ou secrète, le devenir clandestin est inscrit en chacun de nous, soit par désir de fuite, soit imposé par les conformismes de tous ordres.
L'usage du mot clandestin sonne souvent comme une condamnation morale, il laisse penser que la clandestinité relève de la délinquance. Travailleurs ou passagers "clandestins" nuisent au bon fonctionnement de notre société. Alors que la clandestinité des exilés est un statut qu'on leur inflige par la prohibition de la mobilité, du coup monopolisée par les criminels, et par les politiques de refus de séjour, qui les maintiennent à l'écart des droits.
Une ville n'est pas seulement une addition de lieux, c'est aussi un espace de vie que chacun s'approprie différemment. Selon son moyen de transport, selon son activité, selon sa place sociale, et selon l'agencement du désir ou de la contrainte.
Ce livre examine, comment à partir de 2015 et la création notamment d'Eurocities, réseau de villes-refuges, les villes ont été active dans l'accueil des exilés, tout en réinstituant le système européen (frontières, camps, "gestion" des flux) à l'échelle urbaine. Paris, Copenhague, Istambul.
Arrivée dans la ville vide
On viendra m'ouvrir la grille Nord
Entrée principale réservée au personnel
Toi tu prends l'entrée des artistes
Je peste (en silence)
C'est le cas de le dire
Le virus prend tout l'espace
Une chance que tu puisses encore franchir l'enceinte
Au travail
Petit matin de pluie
Strasbourg s'éveille
Un homme cherche un endroit
De vitrine en vitrine
Tu marches
Cherchant une sortie sous les paillettes
On n'a pas lésiné en régie sur les gouttes d'or
Qui tombent sur le toit de ta main
Avancer dans la fraîche blondeur du soir ?
Oseras-tu t’enfoncer entre les tiges ?
Défier le couchant moelleux et l’herbe qui pousse ?
Oseras-tu prendre un bain
Disparaître à moitié
Dans les ondes du soir ?
Oseras-tu aller là où tu te trouves ?
Oseras-tu savourer le plaisir d’être juste penché au vent ?
De te balancer jusqu’à la nuit ?
Attendre
Aller plus loin
Sans la moindre idée d’être là et plus loin ?
Risquer la soif
Risquer la morsure
La nuit froide
Tu as l’air
Dedans
Autour
Tu peux courir et regarder le soir passer
Le ciel au-dessus de tout ce qui t’appartient
Là-bas