Le train n'est pas encore annoncé. Tu rentres dans ce qui ressemble à un bar, proche des quais, tu t'approches du comptoir-caisse pour commander un café. Le serveur est déguisé en jardinier, il porte un tablier rouge, le truc que tu enfiles par la tête et noue à la taille. Celui-ci est impeccable, un gros logo barre la poitrine. On n'est pas loin de l'homme-sandwich, ou du laquais à la sauce communication et marketing. Et comme il est subsaharien d'apparence, comme tous ses collègues ou presque(quelques autres présentant un type maghrébin), on se fait un petit voyage, l'air de rien, au bon temps des colonies. Il est à mon service, du moins c'est ce qu'il joue, ça se sent dans les formules de politesse qu'il emploie: " Est-ce qu'autre chose vous ferez plaisir, Monsieur, cookie ou brownie ? ". Très vite la douce injonction à consommer me fait plutôt ressentir que c'est moi qui suis à son service, il a des objectifs à réaliser, un panier-client, je dois jouer mon rôle. Non, le maître ce n'est ni lui ni moi, mais la marque qu'il arbore sur son tablier. Avec mon simple expresso, je vois bien que ma cote a instantanément baissé. Son visage s'éteint légèrement quand, passant à l'étape suivante, il me demande mon prénom. Surtout ne pas paraître étonné, c'est l'usage, c'est comme ça. Il le note avec un gros feutre sur le gobelet en carton et demande " ça sera sur place ou à emporter ? ". " Sur place " je réponds. Petite oeillade technique au gobelet, ce n'est pas la même inscription. Il m'annonce le prix, je règle et j'attends qu'il me serve. Erreur, ce n'est pas lui, lui c'est la phase 1 du process, accueil et prise de commande. Il me prie de bien vouloir me présenter au comptoir d'à côté, où les clients font la queue pour la phase exécution et service, légèrement moins valorisante, moins en pointe, mais toujours tenue par un employé d'apparence subsaharienne, affublé du même tablier. Celui-ci est chargé de servir le café et de faire l'appel. Il lit les prénoms à haute et intelligible voix, "Jessica !", "Delphine !", "Patrick ! ", à chaque gobelet saisi dans l'ordre d'arrivée. Là tu te retrouves en deux secondes au centre de loisir, infantilisé. Distribution du goûter sur présentation du ticket. Quelque chose de vaguement carcéral aussi, militaire. Tu fais la queue en attendant que ton prénom soit prononcé par quelqu'un que tu ne connais pas, pour percevoir ta ration. Dernière étape, tu cherches une place libre en milieu hostile, les tables "mange-debout" sont pleines, il te reste la terrasse dans le froid de la gare. Tu finis par trouver une chaise que tu ne peux déplacer-elle est vissée au sol, et par t'assoir face à un inconnu qui t'a aimablement autorisé à partager sa table, casque sur les oreilles et deux pouces ultra-actifs sur son clavier téléphonique. Tu te dis : j'aurais dû choisir l'option "à emporter". Le mot "bistrot" résonne alors dans ton cerveau, et avec lui tout un monde oublié s'ouvre à toi : tu te vois accoudé au comptoir, un zinc quoi, tu te poses. Tu dis "un café s'il vous plaît", le serveur ou la serveuse, le patron ou la patronne ne te répond pas forcément, mais il s'exécute, il te sert, "voilà monsieur", sans chichi, sans uniforme, tu bois tranquillement ton café dans une belle tasse à intérieur coloré, en lisant ton journal, et à la fin tu dis "c'est combien ?", tu payes et tu sors en saluant la compagnie.lundi 18 novembre 2019
Un café s'il vous plaît
Le train n'est pas encore annoncé. Tu rentres dans ce qui ressemble à un bar, proche des quais, tu t'approches du comptoir-caisse pour commander un café. Le serveur est déguisé en jardinier, il porte un tablier rouge, le truc que tu enfiles par la tête et noue à la taille. Celui-ci est impeccable, un gros logo barre la poitrine. On n'est pas loin de l'homme-sandwich, ou du laquais à la sauce communication et marketing. Et comme il est subsaharien d'apparence, comme tous ses collègues ou presque(quelques autres présentant un type maghrébin), on se fait un petit voyage, l'air de rien, au bon temps des colonies. Il est à mon service, du moins c'est ce qu'il joue, ça se sent dans les formules de politesse qu'il emploie: " Est-ce qu'autre chose vous ferez plaisir, Monsieur, cookie ou brownie ? ". Très vite la douce injonction à consommer me fait plutôt ressentir que c'est moi qui suis à son service, il a des objectifs à réaliser, un panier-client, je dois jouer mon rôle. Non, le maître ce n'est ni lui ni moi, mais la marque qu'il arbore sur son tablier. Avec mon simple expresso, je vois bien que ma cote a instantanément baissé. Son visage s'éteint légèrement quand, passant à l'étape suivante, il me demande mon prénom. Surtout ne pas paraître étonné, c'est l'usage, c'est comme ça. Il le note avec un gros feutre sur le gobelet en carton et demande " ça sera sur place ou à emporter ? ". " Sur place " je réponds. Petite oeillade technique au gobelet, ce n'est pas la même inscription. Il m'annonce le prix, je règle et j'attends qu'il me serve. Erreur, ce n'est pas lui, lui c'est la phase 1 du process, accueil et prise de commande. Il me prie de bien vouloir me présenter au comptoir d'à côté, où les clients font la queue pour la phase exécution et service, légèrement moins valorisante, moins en pointe, mais toujours tenue par un employé d'apparence subsaharienne, affublé du même tablier. Celui-ci est chargé de servir le café et de faire l'appel. Il lit les prénoms à haute et intelligible voix, "Jessica !", "Delphine !", "Patrick ! ", à chaque gobelet saisi dans l'ordre d'arrivée. Là tu te retrouves en deux secondes au centre de loisir, infantilisé. Distribution du goûter sur présentation du ticket. Quelque chose de vaguement carcéral aussi, militaire. Tu fais la queue en attendant que ton prénom soit prononcé par quelqu'un que tu ne connais pas, pour percevoir ta ration. Dernière étape, tu cherches une place libre en milieu hostile, les tables "mange-debout" sont pleines, il te reste la terrasse dans le froid de la gare. Tu finis par trouver une chaise que tu ne peux déplacer-elle est vissée au sol, et par t'assoir face à un inconnu qui t'a aimablement autorisé à partager sa table, casque sur les oreilles et deux pouces ultra-actifs sur son clavier téléphonique. Tu te dis : j'aurais dû choisir l'option "à emporter". Le mot "bistrot" résonne alors dans ton cerveau, et avec lui tout un monde oublié s'ouvre à toi : tu te vois accoudé au comptoir, un zinc quoi, tu te poses. Tu dis "un café s'il vous plaît", le serveur ou la serveuse, le patron ou la patronne ne te répond pas forcément, mais il s'exécute, il te sert, "voilà monsieur", sans chichi, sans uniforme, tu bois tranquillement ton café dans une belle tasse à intérieur coloré, en lisant ton journal, et à la fin tu dis "c'est combien ?", tu payes et tu sors en saluant la compagnie.mardi 28 février 2017
Le temps
Est à la pluie et aux bourrasques
Partout des phrases
grognements salivaires ou
grincements d’incisives
Fondent sur nos têtes
des communiants s'éraillent
des évêques criaillent
(le doigt coincé dans le tronc)
Il pleut des ambitions
et les lointains se brouillent
(ici il y a la césure du vent)
Toi sur tes montagnes à flanc de pluie
Dans ton lit de feuilles et d’écorce
Tu voudrais en réchapper
Alors tu regardes
Les oreilles pleines de terre
Vois-tu quelle horde s’annonce
Des gens dis-tu, des inconnus
Tu es sûre
Oui nous
autres
Avec du vert au fond
mardi 7 février 2017
L'offre politique de 2017
EN DEHORS DE L'ECO-SOCIALISME (JLM), L'ELECTEUR A LE CHOIX ENTRE QUATRE VERSIONS DU NEO-LIBERALISME :
National-catholique (Le Pen)
Autoritaire-catholique (Fillon)
Ordo-libéral ou oligarchique (Macron)
Libéral-participatif (Hamon)
Autoritaire-catholique (Fillon)
Ordo-libéral ou oligarchique (Macron)
Libéral-participatif (Hamon)
C'était ma réflexion du jour
mardi 31 janvier 2017
jeudi 10 novembre 2016
Reprise (en main)
Voilà c'est fait
Ça recommence comme avant
Quoi
(Non, pas l'automne
pas les feuilles rougies
orangées jaunes
pas le concert fauve des pentes et des vallées)
L'élection du diable
Les pleins pouvoir au monstre
C'est tout ce qu'ils ont trouvé pour se sortir d'affaire
Bonne chance les amis
mercredi 30 décembre 2015
LE CHIEN EST ARMÉ SUR LA TEMPE DE LA RÉPUBLIQUE
Je m'exprime rarement de façon directe sur un sujet mais ce qui se prépare est trop grave pour rester planqué. Nous voilà embarqués par le pouvoir dans un train-fantôme (cette attraction où les cauchemars deviennent réels) dont la destination est connue. Après la proclamation solennelle de l'état d'urgence et la demande de dérogation aux Droits de l'Homme, la déchéance de la nationalité pour les bi-nationaux, autrement dit la création juridique de deux catégories de citoyens est venue compléter cet arsenal délirant. Suggestion : on pourrait peut-être proposer de mentionner " bi-national " sur la carte d'identité ? Ça ne vous rappelle rien ? Un petit insigne peut-être ? Au fait, qui a poussé des cris d'orfraies et prononcé le mot apartheid dans notre pays ? Hé bien il est en bonne voie et le congrès (ou un référendum) va l'instituer en grande pompe. On voudrait fragmenter en profondeur le tissu social et culturel qui a déjà tant de mal à ne pas partir en lambeaux, ou produire l'horreur qu'on prétend combattre, à savoir l'adhésion de certains Français à des idéologies criminelles, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. C'est aussi donner à l'extrême-droite tous les outils constitutionnels qui lui permettront de déployer son programme fasciste sans effort. On parle de lepénisation des esprits, mais nous venons de passer à la lepénisation des actes politiques. Sarkosy assumait la droite décomplexée, Hollande fabrique l'extrême-droite décomplexée, mais sans l'assumer. On l'a vu aux régionales, mais on vient aussi d'entendre à Ajaccio des gens hurler ' Arabes dehors ' devant les caméras. La balle est dans le barillet, le chien est armé sur la tempe de la République, il n'y a plus qu'à appuyer sur la gâchette. Et je ne nommerai pas celle qui a des fourmis dans l'index pour appuyer. Je lui ai d'ailleurs écrit une ode que je vais aussi publier.
mercredi 2 décembre 2015
TON LIT Ô MA REINE
TTon lit ô ma Reine
Ils te le font bien
Tu n'auras rien à faire
Ô Reine des micros
Patronne des écrans
Tout est prêt pour ton grand soir
Patiente encore un peu
Et il ne manquera rien
Nos couleurs nationales sont de retour
Partout sur nos murs
A nos fenêtres
Il y a toi
Nous t'attendons
Chaque jour ils te maudissent
Chaque jour ils te vomissent
Mais tu sais bien qu'ils t'aiment
Comme le bien aime le mal
Tu n'auras rien à faire
Ô Reine des micros
Patronne des écrans
Tout est prêt pour ton grand soir
Patiente encore un peu
Et il ne manquera rien
Nos couleurs nationales sont de retour
Partout sur nos murs
A nos fenêtres
Il y a toi
Nous t'attendons
Chaque jour ils te maudissent
Chaque jour ils te vomissent
Mais tu sais bien qu'ils t'aiment
Comme le bien aime le mal
Pour exister
Ils ont crié au loup
Mais tu sais bien qu'en cachette
Ils se nourrissent à tes mamelles
Ils ont crié au loup
Mais tu sais bien qu'en cachette
Ils se nourrissent à tes mamelles
Qui sont
Peur haine ignorance
Désormais nouvelle devise
De la République qui s'approche
Tu n'as plus rien à faire
Même pas ton lit
Qu'on te prépare avec soin
Ce que tu n'aurais pu instituer
Sans risquer une guerre civile
L'état d'urgence
Ou policier ou d'exception
Unique humus où tu peux croître
Sera bientôt l'état permanent
Une guerre imbécile l'a fait
Cerise sur l'étron
Même les Droits de l'homme
Sont congédiés
Alleluia
Attends attends
Ce n'est pas fini
Cerise sur la cerise merdeuse
Etre Français devient un privilège
Pour les natifs purs
Mais un bienfait révisable
Accordé aux natifs impurs
Ils n'ont qu'à aller voir chez eux
Si l'égalité y est !
Ton lit de satin ô ma reine est tout chaud
Tu n'auras plus qu'à t'y glisser
Le moment venu
Pour l'instant ils bordent ton fantôme
L'Histoire est un génial dramaturge
Tu vois
Tu n'auras même plus à montrer les dents
Les couteaux seront aiguisés
Et les avions sur la taxi-way
Entre entre
On lève le rideau
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